Non, Monseigneur

Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, n’a pas résisté à la tentation d’instrumentaliser les rapprochements entre catholiques et musulmans consécutifs à l’assassinat du père Hamel, pour tenter de constituer un front commun contre la laïcité.

On lit sous sa plume dans Paris Normandie du 31 juillet : « Je crois que nous sommes au bout du modèle de la laïcité qui a été exaspéré ces dernières années (…) Dans nos écoles publiques, on n’a pas le droit de croire (…) Le petit musulman, il n’a pas le droit de croire. Dans les écoles publiques, il n’y a pas de liberté. »

Pour quelles raisons les élèves de ces écoles seraient, selon Mgr Lebrun, privés de la liberté de croire ? Pense-t-il que leurs maîtres s’emploient à détecter ceux d’entre eux qu’ils soupçonnent d’être croyants pour  les ostraciser ou les endoctriner ?  Si tel est le cas, il méconnaît profondément la réalité des salles de classe. Le plus probable c’est qu’il pense trouver des alliés pour la remise en cause de la laïcité parmi ceux des musulmans qui déplorent, par exemple, que les enseignants fassent la part qui lui revient à la théorie de l’évolution ou se réfèrent aux astrophysiciens plutôt qu’aux théologiens pour expliquer les lois de l’univers.

Souhaite-t-il que les écoles publiques françaises copient celles des pays où l’islam règne sans partage ? Dans celles-ci le dernier mot en tous domaines revient toujours au dogme, alors que la laïcité assure l’autonomie intellectuelle des institutions scolaires et crée les conditions pour qu’elles n’obéissent qu’à leurs propres exigences déontologiques.

Personne évidemment ne prétendra qu’elles remplissent parfaitement leur mission. Beaucoup même voient, à juste titre, dans leur dégradation l’une des sources de la crise que traverse notre pays. D’autre part, la question reste posée d’une amélioration de leur rôle pour développer la compréhension du fait religieux – sans lui accorder le monopole de la spiritualité –  et la connaissance de l’apport des religions aux processus civilisationnels. Mais revenir en deçà de laïcité serait une régression considérable pour la liberté de l’esprit et signerait l’impossibilité de ce « vivre-ensemble » auquel l’Eglise se dit attachée.

À ma connaissance, la charge de Mgr Lebrun contre l’école publique accusée – ce n’est pas rien – d’être liberticide, n’a entraîné ni mise au point de la Ministre de l’Éducation nationale, ni prise de positions des partis  et organisations se réclamant de la laïcité.

Je pense que cette carence traduit, outre d’évidentes préoccupations électorales, la recherche d’accommodements avec les religions pour qu’elles comblent le vide laissé par la fin des « grands récits » qui sous-tendaient les idéaux politiques progressistes.

Ce calcul, évoqué dans ces quelques lignes empruntées à l’ouvrage de Régis Debray et Didier Leschi La laïcité au quotidien (Gallimard), est un mauvais calcul car il loin de favoriser les mobilisations citoyennes il les compromet :

« D’où vient que nos pouvoirs civils, au moment même où nos églises et nos temples voient leurs fidèles vieillir et s’éclaircir, en arrivent à quêter une recharge symbolique auprès des religions établies, appelées à la « gestion du sens » et au supplément d’âme, telles des roues de secours pour une mystique républicaine en panne. »

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