Enfin une mesure pour les pauvres

« Bientôt, la gamme de la Française des Jeux devrait être enrichie de nouveaux jeux à mise réduite, voire inférieure à un euro. » C’est M. Stéphane Pallez, PDG de l’entreprise, qui vient (JDD 8/4) d’annoncer la bonne nouvelle. Prochainement les plus déshérités de nos concitoyens n’auront plus aucune raison de renoncer à l’espoir de faire fortune. La démocratisation de cet espoir fait partie des attraits du « projet qu’elle – la FDJ – devra vendre à ses futurs actionnaires » en vue de sa prochaine privatisation.

La FDJ est une machine à faire du cash, beaucoup de cash, dont une partie substantielle va dans les caisses de l’État. Mais depuis quelque temps son rendement stagne car la moyenne d’âge des joueurs augmente et les points de vente diminuent. Ce sont les jeux de grattage qui sauvent la mise, car, à la différence des jeux à tirages fixes ou même du PMU, ils répondent à une caractéristique psychologique du « monde nouveau » : l’immédiateté de la jouissance attendue, le « tout tout de suite ».

Alors pourquoi privatiser la FDJ ? Pour une raison qui vaut pour toutes les privatisations. L’État de la société néolibérale a pour fonction d’élargir constamment les possibilités d’investissement et donc de profit pour les détenteurs de capitaux. Ces derniers envient la bonne fortune de leurs prédécesseurs qui touché le jackpot des autoroutes et piaffent d’impatience à l’annonce de la privatisation de la FDJ, des aéroports et plus ou moins du chemin de fer.

Mais la privatisation de la FDJ répond également à un autre objectif. Pour qu’elle puisse aller jusqu’au bout dans sa volonté de racler jusqu’au dernier sou le porte-monnaie des joueurs, elle doit abandoner son statut de société publique pour celui de société privée.

En effet, tant qu’elle demeure publique elle ne peut, à la différence d’une société dont la finalité essentielle est le profit, faire fi de l’intérêt général et ignorer totalement les conséquences négatives de cette activité singulière que sont les jeux d’argent. Comme on le sait, ceux-ci engendrent des pathologies aux conséquences individuelles et sociales particulièrement lourdes dues à l’addiction, cet état où la vie du joueur plus est intense que sa vie réelle.

Une étude réalisée en 2010 estimait à 200.000 le nombre de joueurs pathologiques et à 400.000 ceux qui risquaient de les rejoindre. Leur portrait-robot est aussi parlant que ces chiffres : un homme, âgé de 25 à 34 ans, peu diplômé, aux revenus modestes, fumant plus que la moyenne. Ce sont ces derniers qui constitueront la cible des jeux à très bas prix.

Là où la FDJ publique serait, au moins théoriquement, obligée de considérer qu’elle se trouve devant un problème à la fois social et éthique, la FDJ privatisée ne verra qu’une source de bénéfices supplémentaires. Et chaque jour nous apporte la preuve que le « privé » est, pour faire fructifier une telle source, d’une inventivité inépuisable.

Nous n’assistons qu’aux premiers pas d’une science permettant de créer et de développer des addictions comme c’est le cas notamment du tabac, des aliments préparés et de certaines applications d’internet. Elle laisse loin derrière elle les grossières astuces des casinos de Las Vegas qui répandent un gaz euphorisant jusque dans les toilettes.

La privatisation de la FDJ met en lumière ce phénomène propre au néolibéralisme :  l’externalisation des conséquences négatives de la réalisation du profit. Autrement dit, les détenteurs des capitaux renvoient à la collectivité le soin de réparer les dégâts humains, sanitaires, environnementaux, culturels causés par leurs investissements. Il reviendra à la sécurité sociale de rétribuer des addictologues pour combattre le nouveau mal du siècle engendré par les « addictateurs ».

Petit rappel à propos des jeux :  « Avec mes gains au casino je me suis acheté une casquette de yachtman ; avec mes pertes j’aurais pu me payer le bateau. » 

Tristan Bernard

 

 

 

 

 

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