Facebook : l’enjeu

M. Marc Zuckerberg fait penser à ces gamins, réprimandés pour une faute grave, qui promettent de ne pas recommencer mais laissent échapper une phrase prouvant qu’ils n’ont pas compris ce qui leur est reproché… ou qu’ils n’en ont cure. Telle fut l’attitude du boss de Facebook qui, lors de sa récente audition devant le Parlement européen, l’acheva sur ces mots : « Cela m’a permis d’entendre les préoccupations de vos électeurs ».

La disproportion est criante entre cette conclusion et le rappel par les euro-députés des violations des valeurs universalistes – tel notamment le respect des droits de la personne – dont son entreprise s’est rendue coupable. Elle témoigne d’un mélange, hautement préoccupant, d’irresponsabilité et d’arrogance de la part de M. Zuckerberg.

Pour ce dernier l’indignation soulevée par la vente des données personnelles de 80 millions d’internautes à Cambridge Analytica pour un usage politique n’est qu’une simple « préoccupation électorale » supposée prendre place entre l’amélioration du réseau routier ou l’augmentation des subventions pour les clubs sportifs. Les exigences éthiques ? La responsabilité morale ? Connais pas.

Il est dommage que les médias n’aient pas donné un plus grand écho à cette audition car elle a posé la question des questions, celle des rapports entre Facebook, les libertés, la démocratie et la souveraineté nationale. Tous les groupes politiques ont sur ces sujets exprimé leur inquiétude.

Le Belge Guy Verhofstadt (chef de file des libéraux) n’y est pas allé par quatre chemins, rappelant au jeune milliardaire de 34 ans qu’il risquait de rester  dans l’histoire « comme un génie qui a créé un monstre digital qui est en train de détruire nos démocraties et nos sociétés ». De son côté l’Allemand Udo Bullmann (Président de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates) lui lança : « Vous avez remis en cause le droit des nations souveraines à se gouverner elles-mêmes. » Difficile de tenir les auteurs de ces propos – tenus, rappelons-le, au nom de leurs groupes – pour des nostalgiques du passé, des « réacs » ou des « populistes ».

Tous les groupes se sont prononcés, au minimum, pour une législation encadrant strictement les activités de Facebook et certains, plus réalistes, ont avancé l’idée de son démantèlement du fait de la contradiction entre son pouvoir planétaire et de sa situation de monopole.

Nous n’en sommes pas là. Si, comme on le dit, M. Zukerberg est sorti blême du Parlement européen, l’accueil qu’il reçut le lendemain à l’Elysée lui fut sans doute d’un grand réconfort et son mépris pour les trotte-menus de la politique auquel il avait eu affaire la veille à Strasbourg a dû s’en trouver renforcé.

Il n’en demeure pas moins que, pour la première fois, les représentants des peuples européens ont alerté ces derniers sur les périls politiques que leur fait courir Facebook. Et à l’arrière-plan de leur message c’est bien la volonté hégémonique des États-Unis qui est en cause.

« Les États-Unis n’ont jamais cherché à posséder par la force plus de territoires, ce qui leur importe n’est pas de conquérir le monde mais de le dominer. Pesant de moins en moins démographiquement – moins de 5% de la population mondiale aujourd’hui -, ils ont misé sur la maîtrise de l’infosphère avec quinze ans d’avance sur la vieille Europe. L’État américain s’est adapté, en opérant un transfert de pouvoir du politique vers les Gafa. Par hybridation, les États-Unis sont en train d’engendrer une entité nouvelle. Cette dernière conglomère les intérêts de l’appareil d’État et ceux d’une supra-oligarchie née du numérique. L’économie du Net est l’essence même de la mondialisation. »

L’homme nu, la dictature invisible du numérique, Marc Dugain et Christophe Labbé, Pocket  (2017).

 

 

 

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