Drapeau(x)

À l’occasion de la marche pour l’égalité LGTQI,  le drapeau gay a momentanément pris la place du drapeau européen au côté des trois couleurs sur le fronton de la mairie du XIXième arrondissement. Cette substitution, décidée par le conseil municipal à majorité socialiste, se veut probablement un acte de solidarité avec une communauté qui a dû – et doit encore – affronter des formes violentes ou insidieuses d’ostracisme.

Je crains que l’association de sa bannière avec le drapeau national n’aille à l’encontre de cet objectif. À quoi aboutit-elle, en effet, sinon à une forme de discrimination d’un groupe par rapport à la totalité que constitue la nation. Or une discrimination, quand bien même elle se veut positive, reste une discrimination et les personnes visées par l’initiative de la mairie du XIXième n’aspirent à rien d’autre qu’à ne plus être discriminées.

Peut-être me reprochera-t-on de chercher midi à quatorze heures, mais nous sommes dans l’ordre du symbolique. L’approche de celui-ci exige une grande rigueur, aux antipodes de ce que laisse penser l’emploi, dans le langage courant, du mot « symbolique » comme  synonyme de « formel, » voire d' »insignifiance ».

La mairie est un édifice public. Elle est au service de tous (on l’appelait au temps de mon enfance la Maison commune) et cette fonction exige un traitement égal de tous. Le conseil municipal n’est donc pas plus habilité à associer, sur sa façade, le drapeau d’un groupe avec celui de notre pays qu’à installer dans son hall une crèche lors des fêtes de Noël. Tout manquement à cette neutralité ne peut que heurter une  partie des citoyens et entraîner la surenchère de minorités en quête de visibilité.

Je ne dis pas autre chose que M. François de Rugy, Président de l’Assemblée Nationale qui s’est vu reprocher d’avoir apposé un drapeau de la cause LGTQI sur les colonnes du Palais Bourbon. « L’Assemblée Nationale, affirme-t-il pour sa défense, n’est pas un bâtiment relevant du service public. L’assemblée est une institution autonome régie par ses propres règles. » L’argument est des plus filandreux mais il signifie néanmoins ceci : c’est parce que l’Assemblée Nationale n’a pas, à la différence d’une mairie, le statut de service public qu’elle peut s’exonérer du principe de neutralité.

Cette affaire de drapeau(x) illustre l’un des maux dont souffre la démocratie. Je veux parler de la tendance qui consiste à déplacer les problèmes majeurs auxquels est confronté notre pays du terrain politique sur celui de l’affectivité et de l’émotionnel. On assiste à une course éperdue au titre de mieux-disant en matière de bons sentiments. Plus généreux, plus ouvert, plus humain que moi, tu meurs ! C’est par là que s’effectue la drague de l’électeur avec en prime, dans le cas qui nous occupe, la possibilité de soupçonner le rappel des principes républicains de visées homophobes.

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