Exemplaire, vous aviez dit exemplaire

Candidat à l’élection présidentielle, M. Macron a bénéficié, comme tous ses concurrents, d’un service de sécurité assuré par la police nationale et la gendarmerie. Il s’est en outre assuré le concours du service d’ordre de son parti LREM. Élu Président de la République, c’est parmi ces militants qu’il a choisi son garde du corps, Alexandre Benalla. Pour mesurer l’ampleur de l’affaire qui porte le nom de ce dernier, il faut revenir sur les rapports qui, dès le début, se sont noués entre les deux hommes.

Ce n’est pas parce que la parole des psychanalystes a pratiquement déserté l’espace public que l’inconscient n’existe plus. Or, sa prise en compte s’avère utile pour comprendre comment Benalla et Macron ont été pris dans une dynamique qui leur a partiellement échappé.

On notera tout d’abord que Benalla a toujours recherché la proximité avec des gens en vue ; il a fait son stage de troisième au Service de protection des hautes personnalités, puis après avoir protégé des acteurs de cinéma, ce sont Martine Aubry et Arnaud Montebourg qui ont figuré à son tableau de chasse. Son choix de carrière révèle à l’évidence qu’il attend de celle-ci de fortes rétributions narcissiques.

Car le ruissellement de corps gardé à corps qui garde ça fonctionne. Plus le prestige du protégé est grand aux yeux de l’opinion, plus les retombées sont importantes pour l’image de soi du protecteur. Un regard sur les photos où il figure en compagnie du Président de la République ou de son épouse le hisse au-dessus du lot et apaise son angoisse existentielle. Cette contiguïté l’autorise, en outre, à espérer maintes retombées des plus concrètes celles-ci.

Le fait que sa fonction requiert courage physique, engagement total et risque pour sa propre vie est une donnée qui l’incite à prouver à tout propos et hors de propos qu’il est « à la hauteur ». Il se veut du premier cercle des fidèles et estime qu’à ce titre ceux qu’il sert sont redevables d’une dette envers lui.

Le protégé ne peut l’ignorer, ce qui le pousse à protéger son protecteur d’autant plus que les avantages qu’il retire de leur relation sont pour lui extrêmement précieux. Sachant qu’il peut compter sur un dévouement de son protecteur qui frise l’absolu, il est porté à le créditer d’une confiance du même ordre. Ainsi se créée un climat entre les deux hommes qui comporte à tout moment le risque qu’ils fassent prévaloir les fins poursuivies sur le choix  des moyens.

La faute d’E. Macron – et non l’erreur – fut non seulement de n’avoir pas compris que, dès lors qu’il était élu Président de la République, il se devait de rompre totalement avec ce type de rapports, mais, au contraire, c’est d’avoir « donné du galon » à Benalla. Devenu M. sécurité du château, il détenait une influence tenant à sa proximité avec le Président. On peut imaginer, par exemple, les effets que pouvait produire dans les sphères du pouvoir le simple fait qu’on savait que les deux hommes étaient à tu et à toi.

En raison de son élection à la fonction suprême, le corps d’E. Macron est devenu l’incarnation de la volonté exprimée par la nation et sa sécurité doit relever exclusivement de l’État. C’est à ce dernier et à lui seul que revient l’obligation de mettre en œuvre tous les moyens qu’elle exige.

Elle doit être assurée par des personnes dont le statut de fonctionnaire comporte les garanties, les obligations, les principes déontologiques, les règles hiérarchiques et les sanctions qui permettent d’éviter que la proximité du protégé et du protecteur ne se transforme en complicité et ouvre les portes à ce « copinage malsain » évoqué par le Préfet de police de Paris.

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3 réflexions sur “Exemplaire, vous aviez dit exemplaire

  1. On ne saurait mieux dire. De Brigitte en « première dame » à Beballa, on assiste à la « privatisation » de la fonction. Terrible mélange des genres.

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